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ALEXANDRE MARS, LE SMART PHILANTHROPE FRANÇAIS

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Il est devenu multimillionnaire en revendant ses sociétés de conseil. Aujourd’hui, Alexandre Mars, 41 ans, investit son temps (et son argent) au profit des enfants défavorisés. GQ a suivi le "Bill Gates français", un homme beau, riche, intelligent et hyper généreux. Rien que ça ?

En 2011, GQ publiait un mini-portrait d’un jeune "serial entrepreneur" français en pleine ascension sur le marché américain du business digital, mais encore inconnu en France. Cinq ans plus tard, les JT de TF1 et de France 2 lui consacrent des reportages. "Le Grand Journal" le reçoit en plateau. Le Monde publie son portrait pleine page. Et L’Obs lui demande, dans son dernier numéro de 2015, d’écrire un papier sur une personnalité qui fera 2016 (il a choisi Jessica Alba, qui, elle, défend la cause des jeunes mamans).

Alexandre Mars, 41 ans, multimillionnaire, est le premier philanthrope français totalement assumé et qui aime le faire savoir, en bon militant du charity business dont il a appris les ficelles aux États-Unis. C’est simple, cet homme est si riche qu’il a décidé de consacrer tout son temps aux enfants. Il en a lui-même trois. Il est beau, ça ne gâche rien, un petit quelque chose de Paul Newman dans ses yeux azur. La plupart du temps, il saute d’un avion à l’autre, sinon il reste avec sa famille à New York. Un pot de miel pour les médias, prompts à se ruer sur une histoire "si positive" dans une époque qui peine à fabriquer des héros. Il est encore trop tôt pour mesurer les résultats d’Epic, sa fondation créée seulement en 2014. En attendant, il faut se contenter d’observer sa méthode. Et nul doute qu’Alexandre Mars a des prédispositions pour vendre du rêve. Chemise blanche, gilet bleu marine, jean brut et Berluti patinées aux pieds, Alexandre Mars déploie son mètre quatre-vingt-dix au centre du salon d’une luxueuse villa du quartier d’Uccle, la banlieue chic de Bruxelles, pour son exercice favori. Sans fiches ni micro, il parle "confiance", "traçabilité", "transparence". En face, l’assistance est muette. Avocats, gestionnaires de patrimoine, banquiers, entrepreneurs... coupe de champagne et jus de fruits frais à la main, tous boivent les paroles du "Bill Gates français", un surnom flatteur mais qui colle la pression.

Nous sommes début décembre 2015, Alexandre Mars a accepté que GQ le suive en exclusivité dans son road show entre Paris, Genève, Londres et donc Bruxelles. Il vient d’en achever un en Asie. Le "tour de magie" favori de ce diplômé de HEC et de Dauphine consiste à convaincre des gens riches, très riches, voire ultra-riches de se délester de quelques actions au profit d’Epic. Même si dans l’économie mondiale, le nombre de millionnaires est un des rares chiffres croissants, les persuader de lui reverser ne serait-ce qu’une poussière de leur fortune n’est pas simple. Le charity business n’est pas avare d’aigrefins, et la prudence est une seconde nature dans cette assemblée aguerrie aux affaires.

Le triptyque "confiance" (à qui l’on donne), "traçabilité" (de ce que l’on donne) et "transparence" (de l’objet auquel on donne) est crucial. Poli, Alexandre Mars glisse quelques mots pour le maître de maison bruxellois, Patrick Derom, marchand d’art chevronné : "Merci Patrick pour cet accueil. Nous reviendrons ici avec la fondation, pour profiter du jardin." Mars doit s’éclipser. Lui qui ne connaissait personne en arrivant repart en tutoyant presque tous les invités. Un point nous intrigue cependant ce jean brut "bootcut", tellement has been. "Je n’aime pas être trop serré", se justifie-t-il, un peu gêné. Mais il reste cash, même pour parler style.

Certains naissent avec l’âme d’un entrepreneur. À 17 ans, le jeune Alexandre monte sa première boîte dans la musique. Lui qui, aujourd’hui, aime s’évader sur "Rapper’s Delight" du Sugarhill Gang ou "150 ans" de Raphael, s’occupe alors de l’organisation et de la promotion de concerts joués devant 2 000 personnes dans un lycée de Saint-Cloud. Premier succès d’apprenti patron. Avec "l’argent de poche" gagné, il s’achète des ordinateurs et débute sa carrière en créant l’agence de publicité interactive A2X. "La technologie, une opportunité qui passe et que j’ai saisie sans en connaître à l’époque la portée", précise-t-il. Lors de notre première rencontre, en 2011, alors qu’il venait d’arriver aux États-Unis, Mars nous avait expliqué devoir sa réussite et sa fortune à la chance, un excellent sens du timing l’ayant amené à vendre ses sociétés au bon moment. Une forme de modestie qu’il cultive toujours cinq ans plus tard, sans pour autant tomber dans la culture de l’excuse. "Ce n’est pas parce que j’ai bien gagné ma vie que je suis une ordure." Franche, cette entrée en matière, assénée alors qu’il est tranquillement installé dans un canapé, peut choquer. Dans un appartement cossu du 16e arrondissement parisien, une conseillère d’État accueille quelques invités triés sur le volet pour un dîner végétarien destiné à faire se rencontrer ceux qui cherchent de l’argent et ceux qui en ont. Avant de déguster quiches aux carottes et cheesecake, l’apéritif constitue un moment clé.

Un verre à la main, deux hommes figurent parmi les cibles privilégiées de Mars : Xavier Moreno, président de la société de capital investissement Astorg Partners, et Augustin de Romanet, le PDG des Aéroports de Paris. S’ils sont là, c’est grâce à Myriam Vander Elst, la vice-présidente du développement d’Epic, et à son carnet d’adresses long comme le bras. Elle avoue son bonheur de faire partie de l’aventure Epic : "Je gagne moins d’argent et je travaille plus que dans mon job précédent, mais je m’éclate." Après avoir écouté Mars, Augustin de Roma-net confie à GQ "être admiratif de l’énergie et du projet d’Alexandre" et veut "approfondir le sujet, notamment pour travailler sur la lutte contre l’illettrisme". Quelques jours plus tard, Myriam Vander Elst devait se rapprocher de la responsable de la Fondation ADP. Une première étape franchie, même s’il y a un pas entre une promesse et un don sonnant et trébuchant.

Retour en Belgique. Dans une Polo bleu marine de 2002 pilotée par Edgar De Witt, l’un des employés d’Epic basé à Londres, Alexandre Mars (qui lui, lorsqu’il séjourne aux États-Unis, conduit un SUV Chevrolet Tahoe) prend le chemin de Kontich, 40 km au nord de Bruxelles. Dans une usine automobile relookée pour l’occasion, le groupe banquier Degroof Petercam, qui gère 50 milliards d’actifs, a regroupé un parterre de fils et filles de patrons pour le Next Generation Philanthropy Forum, grand-messe de la générosité version flamande. Profitant de la jeunesse (dorée) de ses auditeurs, Mars ne lésine pas sur son attachement pour les enfants : "Certains se passionnent pour l’environnement, d’autres pour les sciences, moi ce sont les enfants. Depuis toujours. Sûrement parce que ce sont eux qui feront demain." Et parce qu’ils représentent un passeport évident dans le charity business. À l’image des banquiers séduits quelques heures plus tôt, la centaine de jeunes dirigeants belges tombe sous le charme. Florence, cadre de 25 ans, décrète qu’elle ne "lui arrivera jamais à la cheville". Mars parvient à s’échapper vers minuit : dans six heures il décolle vers Londres où huit meetings l’attendent. Un rythme de dingue.

Tous ses proches le jugent infatigable. Edward Roussel, directeur de l’innovation de la société Dow Jones à New York, est même intrigué par les habitudes ascétiques de son ami : "Il ne boit ni alcool ni café, ne fume pas, mange très peu pour un homme de près de deux mètres." Sa seule addiction connue est le sport : après le handball, le football, le tennis ou le ju-jitsu, il s’adonne désormais au running – il est marathonien – et au krav-maga. Au Vintage Hotel de Bruxelles, un trois-étoiles un brin design, nous assistons à un petit événement : Alexandre Mars dort pour le deuxième soir de suite dans la même chambre... Quelques heures de repos à 75 € la nuit seulement. Les plus riches sont, parfois, les plus économes. À Paris, son pied-à-terre professionnel est un bureau dans un espace de coworking avenue de la Grande Armée. La Mini noire, pilotée par sa mère, lui sert souvent de Uber. Sa mère, le point de départ. Discret sur le sujet lors de notre première rencontre, Alexandre Mars parle aujourd’hui assez librement de son éducation.

Il est toujours très secret sur son père (qui a fait carrière dans le conseil en stratégie), mais il n’hésite pas à citer la figure maternelle (ancienne hôtesse de l’air puis salariée de l’institut de beauté Carita) comme source d’inspiration. Un jour, il a trouvé un chauffeur de taxi chinois attablé chez elle : l’homme parlait si mal français qu’elle avait proposé de lui donner (gratuitement) quelques cours. "elle a toujours aidé les vieux, les jeunes, les étrangers. Cela fait partie de ses principes de lutter contre les inégalités. À l’école, je faisais pareil, je venais au secours des plus faibles", explique-t-il à une quinzaine de personnes réunies pour un goûter d’affaires dans un appartement de Bruxelles situé aux bords des étangs d’Ixelles. Assis en face d’une colossale œuvre d’Anish Kapoor soudée au mur, il poursuit : "À 20 ans, je voulais changer la société. Je me suis rendu compte qu’il fallait de l’argent pour faire le bien autour de moi." Optimiste, voire présomptueux, il pense faire fortune en trois ans. Il lui en faudra finalement quinze.

Trois quinquennats durant lesquels il crée, en France, une société de capital-risque, en 1999, puis deux autres entreprises dans la technologie : Phonevalley en 2002, spécialisée dans le marketing pour téléphones mobiles, et ScrOOn, en 2007, qui offre aux marques un SMMS (Social Media Management System) pour gérer leurs conversations sur les réseaux sociaux. Deux boîtes qu’il revend en 2007 et 2013, respectivement à Publicis et BlackBerry, pour plusieurs millions de dollars – "Les chiffres exacts restent confidentiels, confie-t-il. Je peux juste dire que ce n’est pas avec quelques millions de dollars que je peux réaliser ce que je fais avec Epic." S’était-il lassé de ses créations ? "Non, pas du tout. Je me suis toujours amusé. Mais dans cette économie du digital, soit tu as réussi en cinq ans, soit tu ne réussis pas, explique-il. Mon idée a toujours été de construire puis de vendre. Avec Epic, je fais la même chose que lorsque je dirigeais mes sociétés, avec des employés, du business, des rencontres, sauf que l’objectif final est social." Mais pour continuer (quand même) à se verser des revenus, il compte sur son family office, Blisce, dirigé par son ami de longue date Charles-Henri Prévost, 37 ans. "Nous investissons dans les domaines que j’aime, que je connais, qui m’intéressent et que je comprends, comme Pinterest, Blablacar, Spotify..." De quoi nourrir le changement systémique dont il rêve depuis si longtemps : "Les gens évoluent, ils comprennent qu’il faut des changements, non pas politiques mais sociétaux. Il faut que chacun fasse plus", espère-t-il. On croirait entendre Frédéric Mazzella, le fondateur de Blablacar (et businessman de l’année 2015 pour GQ).

Quand il ne joue pas au globe-trotter plusieurs mois par an, Alexandre Mars se pose chez lui à New York, où il vit avec sa femme et ses trois enfants.

EUX AUSSI VEULENT devenir "entrepreneur, sauver des enfants, travailler chez Epic". Sa femme, Florence, préside Bonpoint USA et siège au board de la fondation Epic. "Elle est totalement en phase avec moi sur la philanthropie. Après HEC (ils étaient dans la même promo, ndlr), elle a passé un an à s’occuper d’enfants orphelins et handicapés en Inde pour l’organisation de Mère Teresa." Un peu fleur bleue, Alexandre Mars se souvient de la réaction de sa compagne après le visionnage d’un reportage de Bloomberg TV qui le suivait lors de visites à des associations. "Les larmes aux yeux, elle m’a dit : “C’est tellement toi”." Cette forme d’engagement total a aussi convaincu un autre de ses proches, Bertrand Thomas, PDG de Caudalie. "Notre marque investit 1 % de son chiffre d’affaires mondial dans des causes environnementales, explique-t- il à GQ. Nous avons parfois été déçus. Alexandre a, lui, une approche business de la philanthropie qui nous plaît : efficacité, rapidité, retour sur investissement clair, tangible. Et ce que nous cédons va directement aux associations, c’est unique. Tous les autres prennent entre 20 et 50 % de commissions pour leurs frais administratifs." En 2015, Caudalie a donné un million de dollars à Epic.

Ce n’est pas toujours aussi simple. Lors de son passage à Paris, Alexandre Mars rencontre Nathalie Garcin, responsable d’une prestigieuse agence immobilière rue du Boccador, dans le triangle d’or de la capitale. "Je ne veux pas que la philanthropie consiste à seulement faire un chèque, je veux que ce soit pour faire du business avec une bonne mentalité", lui susurre-t-il. Ça marche. "Je donne un peu parfois mais sans savoir ce qu’il advient de l’argent, répond Nathalie Garcin. Là, j’avoue que je serais ravie de vous aider. Nous avons un métier de contact, nous côtoyons des gens qui ont un peu de sous..." Au point d’acheter des biens à sept chiffres. Au moins. Mars lui présente donc le "1%". Le 1%? "Les gens ne doivent pas forcément donner directement de l’argent, explique le philanthrope. Cela peut aussi être du temps, des espaces publicitaires, des bénéfices, des produits, des transactions... Imaginons que sur chaque vente, 1 % soit reversé à des associations..." L’idée a déjà été adoptée par des entreprises américaines. Mars ne laisse rien au hasard.

Les États-Unis sont en effet son autre berceau. Il s’y est exilé en 2010 pour accélérer l’éclosion de ses sociétés. "Si tu veux être numéro 1 dans le business digital, ça se passe là-bas." Et là-bas, le charity business est (pour ceux qui le peuvent) une évidence. Si l’environnement fiscal est plus favorable, le réflexe du giving back marque profondément la culture anglosaxonne. Certains leaders tentent même de l’exporter. En 2010, Buffett et Gates ont lancé une campagne nommée "The Giving Pledge" afin d’inciter les milliardaires du monde entier à donner au moins 50 % de leur fortune personnelle. Cinq ans plus tard, près de 140 d’entre eux, de 15 nationalités différentes, ont rejoint le mouvement comme le Sud-Africain Elon Musk (lire p. 128) ou l’Irano-Franco-Américain Pierre Omidyar (fondateur d’eBay). En 2013, une fois ses sociétés vendues, Alexandre Mars ambitionne de devenir une référence dans le business de la générosité : il réalise ses propres études de marché et frappe aux (bonnes) portes. Il s’invite chez les maîtres ès philanthropie de Microsoft, eBay, Google (voir l’encadré).

"Je ne connaissais ni Bill Gates ni Pierre Omidyar. J’ai donc pris mon CV et sollicité leurs fondations. Je leur ai dit que j’avais certes gagné moins d’argent qu’eux mais suffisamment pour en faire profiter d’autres personnes. Ils m’ont accueilli à bras ouverts." Ses références professionnelles accélèrent le processus. Tout va même si vite qu’il vend en 2013 sa société ScrOOn à BlackBerry puis entreprend une odyssée de sept mois pour étudier la philanthropie hors des États-Unis. Avec femme et enfants, il voyage de Lima à Oulan-Bator en passant par Sydney, Moscou, Bangkok... De bidonvilles en luxueuses villas gouvernementales, il apprend, écoute, enregistre. Le triptyque "confiance, traçabilité, expérience" prend forme. Pour atteindre son objectif en 2016 – lever 10 millions d’euros –, Alexandre Mars sollicite tous azimuts. À Paris, il navigue entre le bureau de Thomas Savare (président du Stade Français Paris Rugby), le groupe Dassault ou la Fondation du PSG, qui annule in extremis le rendez-vous. Mars retentera sa chance. "Il est très déterminé, indique son ami T.G. Herrington, producteur et réalisateur qui l’accompagne sur le terrain. “Try, fail and try again” est une de ses formules. C’est typiquement new-yorkais." Par l’intermédiaire du metteur en scène Jean-Luc Moreau, Michel Drucker lui accorde vingt minutes dans ses bureaux du Studio Gabriel. Après avoir écouté une présentation d’Epic, le parrain du PAF promet d’y "réfléchir tranquillement". Puis ajoute : "Vous avez vu l’émission de Frédéric Lopez, “Folie passagère” ? Alexandre Jardin tient une rubrique avec un invité décalé, ce serait bien que vous le voyiez." Ça tombe bien, Jardin est chroniqueur dans l’émission de Marie Drucker. La présentatrice a carrément offert à Mars de jouer pendant une heure le rôle du rédacteur en chef de son "Journal inattendu" sur RTL. Le deal s’est noué via un ami commun, le publicitaire Romain Hatchuel. Le réseau, encore et toujours. "Maintenant que je le connais un peu, je peux vous dire que sa fondation et la philanthropie ne sont pas un outil narcissique, affirme Marie Drucker, elle-même marraine de Sports dans la ville, une association qui aide les enfants. Pas 1 % de mes invités ne préparent l’émission comme lui l’a fait." Une implication qui lui permet aussi de maîtriser son image. Mars aime bien par exemple connaître le nombre de pages qui lui seront consacrées dans un journal, ou la taille des photos (ce qu’il a d’ailleurs demandé à GQ).

Avant de s’envoler vers New York, Alexandre Mars a fêté ses 41 ans avec quelques amis. Devenu un VIP en quelques mois, il a ses entrées partout. Il a même convaincu Arnaud de Puyfontaine, le PDG de Vivendi, ("Moi, en costume, au milieu de tous ces jeunes branchés !") de faire un crochet au Raspoutine, une boîte de nuit sélect du 8e arrondissement parisien. Mars ne nous a pas précisé s’il portait ce soir-là son précieux "bootcut".

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