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ALEXANDRE MARS | PHILANTHROPE EN MODE START-UP

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Français installé à New York, Alexandre Mars avait une ambition: financer sa fondation philanthropique. Mais la gérer comme une start-up.

Monsieur Mars est philanthrope, mais pas du genre à se faire tartuffer. Il pratique le krav maga, une méthode de combat rapproché où tout est permis. À lire ça a posteriori, on est content de ne pas l’avoir contrarié. Remarquez qu’il ne nous en a pas laissé l’occasion. Rôdé aux roadshows, Alexandre Mars laisse peu de place à l’imprévu. Ca fait partie des principes du krav maga que d’éviter de se retrouver dans une situation dangereuse.

Ca fait aussi partie des business modèles à succès. Pour le combat, on ne sait pas, mais pour le business, Alexandre Mars est redoutablement efficace. Après avoir créé quatre sociétés, et en avoir revendu trois entre ses 17 et ses 37 ans, Alexandre Mars a atteint son objectif: être riche. Il va enfin pouvoir faire ce qu’il voulait vraiment faire: “Avoir un impact sur la société.” Précisément sur l’enfance en difficulté. L’homme est assez aguerri pour savoir qu’il est inutile de réinventer la roue. Mais mettre de l’huile dans les rouages est primordial. Il crée donc Epic Foundation, une passerelle entre les philanthropes et les ONG (ciblant les enfants) les plus performantes. Car Alexandre Mars, 39 ans, est de cette nouvelle génération de philanthropes qui appliquent au caritatif les principes d’efficacité de l’entreprise.

Pourquoi Êtes-Vous En Europe Ces Jours-Ci?

Je suis en roadshow. Je fais un tour d’Europe, mais aussi du monde, pour qu’Epic atteigne son but. C’est-à-dire connecter des organisations s’occupant d’enfants avec des gens et des entreprises qui veulent faire plus. Et les challenger à faire plus. En Belgique, il y a des moyens: les expatriés qui sont ici, car il y a un incitant fiscal positif, et des Belges charitables.

Vous Êtes Tombé Dans L’Entrepreneuriat Très Jeune…

J’ai monté ma première entreprise à 17 ans. La deuxième à 20 ans, une agence web en 1996-1997. Un bon timing qui m’a permis de vendre. Pendant la bulle internet, je me suis lancé dans le capital-risque. Je passais beaucoup de temps aux Etats-Unis. Quand elle a explosé, en 2001, je me suis fixé à Paris et me suis lancé dans le marketing mobile pour grandes entreprises. C’est PhoneValley, racheté par Publicis. En parallèle, j’ai lancé ScrOOn qui offre des solutions de marketing sur les réseaux sociaux. En 2010, toute la famille est partie s’installer à New York. Début 2013, mon contrat avec Publicis a pris fin et, en mai, ScrOOn a été racheté par BlackBerry.

Quand Vous Est Venue l’Idée De Votre Projet De Philanthropie?

Depuis toujours je sais que je veux avoir un impact sur la société. Mais il est mieux d’avoir les moyens de ses ambitions. D’où mes initiatives business dès mes 20 ans. D’abord pour protéger les miens, ma famille directe, ensuite pour avoir cet impact-là. Je pensais que ça prendrait moins de temps! Il y a cinq ans, en 2010, j’y étais. Le moment était venu de réfléchir à la façon d’avoir cet impact. Mon but n’était pas de faire un chèque, mais d’en faire un business. Je savais qu’un jour j’allais passer du “full profit” au non-profit, mais j’avais besoin de comprendre comment ce milieu fonctionne. Alors, pendant 4 ans, j’ai rencontré des acteurs du non-profit: des philanthropes (Fondation Bill & Melinda Gates, Omidyar Network), des ONG, beaucoup de grandes familles, mais aussi d’hommes politiques, etc.

Il y a deux ans, quand j’ai vendu ma dernière start-up, on a décidé, avec ma femme, de faire un tour du monde. On a sorti les enfants du système scolaire et, pendant 6 mois, quasi tous les jours on rencontrait quelqu’un: un philanthrope à Sydney, une association à Bangkok, etc. Après ça, je ne connaissais pas tout, mais suffisamment pour me lancer.

Et Qu’Avez-Vous Appris Pendant Ces Années De Formation?

Les gens donnent, oui, mais pas assez. Ils ont les moyens et l’envie de faire plus, mais ne le font pas. Pourquoi? Pour trois raisons: ils n’ont pas confiance, ils n’ont pas le temps et ils n’ont pas l’expérience. Les gens préfèrent ne pas faire que mal faire, c’est normal. Mon but, c’était de voir comment changer ça. Alors, on a analysé le processus de la prise de décision: 1° la sélection, on aime avoir le choix; 2° le “tracking”, on aime avoir un suivi de ce qu’on fait; 3° l’expérience, on aime le concret, comme essayer une voiture, par exemple. Or le monde des ONG ne fonctionne pas comme ça: il ne vous laisse pas le choix; vous envoie 2-3 photos par an; et, en termes d’expérience, vous avez droit à un gala annuel, pour lequel, en général, vous payez votre place… Il y a 20 ans, c’était peut-être satisfaisant, aujourd’hui pas.

Comment La Fondation Epic Renouvelle-T-Elle L’Expérience Philanthropique?

Les donateurs veulent être sûrs qu’un bon usage sera fait de leur argent. Mais ils n’ont pas le temps d’analyser la bonne gouvernance des ONG. Epic fait ce travail pour eux. Chaque année, on sélectionne 20 associations extraordinaires travaillant pour l’enfance. Cette année, on a reçu 1.400 candidatures venant de 85 pays. Elles sont passées au crible de 45 critères de sélection, puis on va visiter, sur place, les 50 finalistes. Ce contact in situ nous prend neuf semaines, mais c’est essentiel. Et en septembre, on annonce les 20 sélectionnées, c’est-à-dire les 20 organisations qui ont l’impact social le plus élevé. À partir de là, on refait un tour du monde, en roadshow, pour les promouvoir auprès des donateurs potentiels, individus ou entreprises.

À ce choix éclairé, on ajoute l’expérience de tracking. On aime toujours savoir ce qui est fait de nos dons. Aujourd’hui, avec les outils technologiques tels que les applis sur mobile ou sur tablette, on voit en direct l’impact de nos dons sur le terrain. Toutes nos associations ont la capacité de reporter en temps réel. Par exemple, le nombre de litres d’eau extraits d’un puits au Sahel ou encore le nombre d’enfants qui ne sont pas allés à l’école au Vietnam. Le but, c’est de voir que ce que vous faites à un impact.

En matière d’expérience, enfin, on pousse aussi les donateurs à aller visiter les acteurs sur le terrain. S’ils n’ont pas le temps, nous, on filme beaucoup. Ca permet de mieux comprendre l’organisation à qui on donne. Ca crée de la proximité.

Quel Genre D’Associations Ont Été Sélectionnées?

En France, une association qui s’occupe de jeunes de plus de 16 ans. Simplon.co forme au code informatique des jeunes en échec scolaire, car c’est une ressource rare, demandée sur le marché. Et parce qu’avec le code, ces jeunes repartent sur des bases égalitaires: ni vous, ni moi, ni eux ne savons coder. Cela leur donne confiance.

En Inde, Apnalaya travaille dans l’un des bidonvilles les plus pauvres du pays. L’espérance de vie y est de 39 ans. L’ONG aide notamment les femmes (et donc leurs enfants) en leur donnant les moyens de développer leurs entreprises sociales.

Percevez-Vous Une Différence De Vue Sur La Philanthropie Entre Les Etats-Unis Et L’Europe?

Bien sûr. Même si le fossé est doucement en train de se combler. Aux Etats-Unis, c’est très culturel. C’est un pays d’immigration où il est normal de donner en retour. Le Vieux Continent est moins porté sur la philanthropie, mais c’est en train de changer. Notamment avec la “NextGen”: les 20-35 ans ne sont plus tellement dans un esprit de détenir quelque chose, mais ils fonctionnent en partage. Ils sont dans une réelle quête de sens.

Qu’Y A-T-Il Encore À Améliorer Dans Epic?

80% de notre modèle fonctionnent parfaitement, 20% est en continuelle évolution comme dans toute entreprise. Nous devons ouvrir des bureaux dans d’autres villes que Londres, New York et Bangkok. Il nous faut encore recruter. Et puis évidemment trouver de nouveaux donateurs. On est en perpétuelle adaptation, c’est darwinien, car le monde change. Si vous voulez réussir dans la vie, il faut savoir bouger. Ca ne va pas venir à vous. Epic demande beaucoup d’énergie et de temps. Je ne ferais jamais ça pour le business. Notamment parce que ça m’éloigne de ma famille.

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